Le viaduc de Chanteloube
Dans l’écrin majestueux du lac de Serre-Ponçon, là où les montagnes des Hautes-Alpes plongent dans une eau d’un bleu envoûtant, sommeille un vestige hors du temps : le viaduc de Chanteloube, aussi appelé viaduc des Moulettes, situé dans la baie éponyme, sur la commune de Chorges. Tantôt immergé, tantôt révélé par les caprices du lac, le viaduc intrigue et captive, offrant un spectacle fascinant à ceux qui s’y aventurent.
Un projet ferroviaire oublié, une légende immergée
Imaginé au début du XXe siècle pour relier Gap à Barcelonnette par le rail, le viaduc de Chanteloube n’a jamais vu passer le moindre train. Commencé en 1909, ce projet ambitieux s’interrompt brusquement en 1935, laissant derrière lui un ouvrage fantôme. Initialement, il devait permettre de franchir le vallon du torrent des Moulettes, un cours d’eau essentiel dans la vallée.
Lorsque le barrage de Serre-Ponçon est mis en service en 1961, le viaduc se retrouve englouti, son destin scellé par les eaux montantes du lac. Le paysage change radicalement, et le vallon devient la Baie des Moulettes, aussi appelée Baie de Chanteloube.
Mais ce vestige n’a pas dit son dernier mot. Au fil des saisons, il refait surface, dévoilant peu à peu ses arches élégantes comme une apparition sortie des profondeurs. Un spectacle hypnotique, où l’histoire et la nature s’entrelacent dans un ballet aquatique.
Le viaduc fantôme qui joue avec le temps
Parfois totalement englouti sous les eaux scintillantes de l’été, parfois dressé fièrement au-dessus du lac à l’automne et en hiver, le viaduc de Chanteloube dévoile peu à peu ses arches majestueuses lorsque le niveau du lac baisse, semblant surgir des profondeurs. Un spectacle fascinant, en perpétuel mouvement. Son mystère attire les regards et les objectifs, faisant de lui l’un des joyaux les plus photographiés de Serre-Ponçon. Observer ses arches émerger lentement au fil des mois, c’est assister à une métamorphose unique, presque irréelle.
Comment admirer ce spectacle unique ?
Selon la période de l’année, le viaduc dévoile différentes facettes :
À pied ou à vélo / hiver – printemps
Quand le niveau du lac descend sous 773 mètres, l’accès devient possible. Randonneurs et cyclistes peuvent alors traverser ce monument insolite, comme suspendus entre passé et présent.
Depuis l’eau / été
Lorsque le viaduc disparaît sous la surface, seules quelques pierres affleurent. En kayak, paddle ou bateau, approchez-vous de ce fantôme immergé et laissez-vous charmer par son mystère.
Depuis les hauteurs
Pour une vue panoramique saisissante, plusieurs belvédères autour du lac permettent d’admirer le viaduc selon le niveau du lac. Parmi les meilleurs points de vue, on peut citer la route de Pontis ainsi que certains sentiers dominant la baie de Chanteloube notamment celui des Curattes. Ces panoramas offrent une perspective unique sur ce monument immergé et son environnement exceptionnel.
Une source précieuse au cœur du paysage
À proximité du viaduc, la source des Moulettes se jette dans le lac au niveau de la baie. Captée pour sa qualité exceptionnelle, cette eau pure est embouteillée à l’usine de Chorges sous l’appellation La Roche des Écrins. Chaque année, ce sont plus de 120 millions de bouteilles qui y sont produites, soulignant l’importance de ce patrimoine naturel discret mais vital.
Un patrimoine fragile, un héritage à préserver
Bien que toujours debout, le viaduc de Chanteloube reste vulnérable. L’alternance entre immersion et émergence fragilise sa structure, et chaque passage doit se faire avec précaution. Comme la chapelle Saint-Michel, ce vestige mérite respect et admiration pour traverser encore les âges.
Un emblème envoûtant de Serre-Ponçon
Plus qu’un simple viaduc abandonné, le viaduc de Chanteloube est un témoin du temps, une œuvre inachevée que la nature a réinventée. Entre ombre et lumière, entre eaux et montagnes, il incarne l’âme mystérieuse de Serre-Ponçon, un lieu où l’histoire refait surface au gré des saisons.